Loi Taquet : quels acquis et avancées pour les assistants familiaux ?
#GUIDE JURIDIQUE
Publié le mardi 30 décembre 2025, mis a jour le lundi 2 février 2026
Promulguée en 2022, la loi Taquet renforce la protection de l’enfance et modernise le métier d’assistant familial. Quels sont les droits, garanties et perspectives offertes par ce texte ?
Références juridiques :
Pourquoi la loi Taquet ?
Dans un contexte de réforme de la protection de l’enfance, la loi Taquet vise à améliorer la situation des enfants placés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE), garantir la qualité de l’accueil et professionnaliser davantage le métier d’assistant familial.
Rémunération garantie et indemnités des assistants familiaux
La loi Taquet garantit aux assistants familiaux une rémunération minimale et encadre les différentes indemnités associées à l’exercice de leur métier. Ce volet joue un rôle essentiel pour reconnaître leur professionnalisme et sécuriser leur parcours .
Principe de la rémunération garantie
Depuis la loi Taquet, la rémunération des assistants familiaux ne peut être inférieure au SMIC pour chaque enfant accueilli, et ce dès le premier accueil : il s’agit d’une avancée majeure, qui s’applique quel que soit l’employeur, public ou privé.
Le salaire est versé chaque mois selon les dispositions contractualisées et doit évoluer automatiquement en cas de revalorisation du SMIC : l’objectif est de lutter contre la précarité et d’assurer une égalité nationale en matière de salaire de base.
En cas d’accueil d’un enfant en situation de handicap ou nécessitant des modalités particulières, une majoration spécifique est prévue.
La majoration pour enfant handicapé ou malade pour un assistant familial est prévue par la loi Taquet et ses décrets d’application. Le principe est qu’une majoration spécifique vient s’ajouter à la rémunération de base pour compenser le surcroît de travail ou les contraintes liées à l’état de santé de l’enfant accueilli.
- Pour un enfant présentant un handicap ou trouble permanent occasionnant un surcroît important de travail quotidien, la majoration est calculée entre 15,5 et 60 fois le SMIC horaire, selon la gravité. En termes pratiques, cela correspond par exemple à une majoration de 16,74 heures SMIC par mois (environ 0,54 h SMIC/jour) ou plus pour handicaps plus lourds.
- Le décret d’application précise par ailleurs que la majoration ne peut être inférieure à 70 fois le SMIC horaire par mois et par enfant accueilli, cette base servant aussi pour les accueils supplémentaires.
- Une fourchette courante mentionnée est entre 15,5 fois (pour handicaps légers) et 60 fois (pour handicaps lourds) le SMIC horaire, soit une majoration mensuelle potentielle allant de plusieurs centaines d’euros en fonction des heures majorées et du taux du SMIC horaire actuel (environ 11,27 € au 1er novembre 2024).
- La majoration doit être explicitement mentionnée dans le contrat d’accueil de l’enfant.
En résumé, la majoration pour enfant handicapé ou malade est conditionnée par le surcroît de travail lié à la situation, avec un minimum autour de 15,5 fois le SMIC horaire par mois, ajustable jusqu’à 60 fois le SMIC horaire selon la gravité, permettant une compensation adaptée aux contraintes spécifiques.
Indemnités compensatrices et complémentaires
Si le nombre d’enfants confiés est inférieur au nombre prévu au contrat, une indemnité compensatrice doit être versée à l’assistant familial, afin de garantir la stabilité de ses revenus .
Des indemnités particulières existent également pour compenser les périodes d’inter-accueil, c’est-à-dire lorsque l’assistant familial n’a pas d’enfant confié pour une période donnée .
À cela s’ajoutent les indemnités de congés payés, calculées sur la base du salaire mensuel : le mode de calcul s’aligne sur le droit commun et permet d’assurer la continuité du revenu pendant les congés .
D’autres primes ou compléments de rémunération peuvent être attribués au titre de l’expérience, des formations suivies, ou de missions spécifiques confiées par la collectivité ou l’établissement employeur .
Encadrement légal et garantie de paiement
L’employeur est tenu de verser systématiquement le salaire minimum et les indemnités associées, sous le contrôle des services sociaux et de l’inspection du travail .
En cas de litige relatif au non-paiement ou au calcul des indemnités, l’assistant familial peut saisir les juridictions compétentes ou solliciter son organisation syndicale pour un accompagnement juridique.
Ce dispositif vise à améliorer la sécurité financière des assistants familiaux et à valoriser leur engagement professionnel, tout en imposant une transparence et une équité accrues quant à la rémunération et aux indemnités .
| Type de Prime/Indemnité | Description | Base de calcul / Montant | Conditions d’attribution |
|---|---|---|---|
| Rémunération minimale garantie | Salaire minimum garanti par enfant accueilli | Au moins SMIC par enfant | Dès le premier enfant accueilli |
| Indemnité compensatrice d’accueil | Compensation si nombre d’enfants accueillis inférieur au contrat | Montant compensant la différence | Si nombre d’enfants accueilli < nombre prévu |
| Majoration pour enfant handicapé ou malade | Supplément spécifique pour enfants nécessitant des soins particuliers | Montant variable selon l’état de l’enfant | Accueil d’enfant en situation particulière |
| Indemnité d’inter-accueil | Compensation pendant les périodes sans enfant confié | Montant forfaitaire ou calculé | Période sans enfant accueilli |
| Indemnités de congés payés | Montant des congés payés calculé sur salaire | Pourcentage du salaire mensuel | Pendant les congés payés |
| Droit au répit | Repos obligatoire d’un week-end complet par mois | Non rémunéré mais garanti comme temps de repos | 1 week-end complet par mois |
| Primes de formation | Complément de salaire en compensation des formations suivies | Montant variable selon formation | Formation validée dans le cadre professionnel |
Droit au répit et organisation du temps
Dans le cadre de la loi Taquet, le droit au répit pour les assistants familiaux est prévu comme un temps de repos réglementé afin de préserver leur santé et leur équilibre personnel, en dehors des congés payés habituels.
La loi Taquet mentionne que le contrat de travail « peut prévoir » qu’un assistant familial bénéficie d’au moins un week-end complet (samedi et dimanche consécutifs) de repos par mois, distinct de ses congés payés. Ce repos mensuel vise à offrir un temps de décharge effectif de la charge liée à la garde des enfants.
Cette formulation légale laisse une marge d’appréciation à l’employeur, ce qui rend ce droit au répit encore inégalement appliqué sur le territoire. Le syndicat CFDT plaide pour transformer ce droit « facultatif » en un droit « obligatoire » clairement inscrit dans la loi, afin d’harmoniser les pratiques et garantir un repos réel aux assistants familiaux.
L’organisation du temps de répit implique que l’employeur prenne en charge la recherche d’une solution de garde temporaire fiable (famille relais, accueil temporaire), garantissant la continuité de la prise en charge des enfants pendant le week-end de repos de l’assistant familial.
Ce droit au répit, quand il est reconnu et appliqué, contribue à limiter l’épuisement professionnel, à favoriser la qualité de la prise en charge et à renforcer l’attractivité du métier, comme revendiqué par les professionnels et le syndicat CFDT.
Encadrement, transparence et sécurité
- Création d’un fichier national des agréments pour éviter qu’un assistant sanctionné puisse exercer dans un autre département.
- Encadrement plus strict de la procédure de retrait d’agrément et obligation d’antécédents judiciaires pour les assistants et leur entourage.
Nouveaux droits collectifs et perspectives
- Participation accrue à la formation et aux instances de la protection de l’enfance.
- Ouverture à la spécialisation : possibilité d’assistants familiaux dédiés aux accueils urgents et de courte durée.
Les points de vigilance
- Des dispositifs perfectibles : manque de mesures contraignantes sur le droit au répit et disparités entre employeurs publics et privés.
- Statut encore hybride : besoin d’une reconnaissance pleine du métier dans la fonction publique.
